Publié le mercredi 29 avril 2009

29 04 2009

     MA DROGUE A EU POUR NOM ''RADIO''                    

                                                         Genre de microphone utilisé dans les années cinquante et soixante et dans lequel j'ai eu moultes fois l'occasion de postillonner mais c'était à la défunte station CKCV de Québec et non au réseau américain NBC. Mais le résultat était le même : un son aigû, métallique et agaçant, peut être passable sur la bande AM mais qui aurait été une horreur sur la bande MF. Mais il faut un début à tout. Dans ces années, la MF ou le FM, si vous préférez, était inexistant à Québec mais ce fut la station CHRC qui obtint la première  une licence pour exploiter la fréquence modulée et stéréophonique sous l'appellation pompeuse de «La voix d'or de Québec»! Vous écoutiez cette station dix minutes et en effet, vous vous en-dor-miez, c'était assuré!

Si vous désirez connaître la radio telle que je l'ai vécue des années soixante à quatre-vingt-dix, lisez ce blogue dans lequel je lèverai le voile sous bien des aspects méconnus et souvent hilarants  de ce merveilleux métier où ce qui se dit est bien meilleur lorsque le micro est fermé, comme vous pourrez le constater!

C  K  C  V

En 1966, à l'âge de 18 ans, avant le temps, je devins décrocheur! Ecoeuré du cours classique et des pères oblats, je n'ai même pas terminé ma versification. J'ai abandonné durant l'hiver.  Adieu latin, grec, maths, chimie,  etc et bienvenue radio.

C'est au CART (Collège des animateurs radio et télévision), qui n'avait vraiment d'académique que le nom à cette époque, que je me suis laissé, avec plaisir,  ''initier'' au métier noble dont je rêvais depuis bien des années.

A l'âge de 9 ou 10 ans, j'avais mon propre ''studio'' dans ma chambre avec mon enregistreuse, ma table-tournante, ma fausse console et mon micro fait en plasticine et tenu par une patente servant à ma mère ou à l'une de mes soeurs,  pour prendre les mesures afin de pouvoir coudre les bas de robes... Chaque matin, je prenais donc les ondes vers 7h00,  pour réveiller les gens et les membres de ma famille avec ma musique.

A 12 ou 13 ans, je me trouvai toutefois ridicule de m'amuser ainsi à tous les jours et d'animer aussi une fausse émission du retour et même les week-end! Cela me gardait très solitaire mais j'ai toujours eu la solitude comme amie privilégiée: j'ai toujours été une personne assez ''sauvage'' merci et ça faisait bien mon affaire au fond.

Alors que mon père souhaitait que je poursuive là où il avait échoué pour des raisons familiales et que je complète mon cours classique et que je devienne un professionnel en faisant des études ''supérieures'', j'ai décidé de suivre mon rêve et je passai aux actes au début de 1966:  c'est ma mère qui me paya le cours au CART, à raison de deux soirs par semaine, durant quatre mois. Les cours se donnaient dans des locaux à l'ancien collège des Jésuites ( maintenant Saint-Charles-Garnier ) sur l'ancien boulevard Saint-Cyrille ( maintenant René-Lévesque ) de février à mai. Je pense que le coût était de 180 $, un grosse somme pour l'époque.

J'avoue que ce furent de très étranges études. Un prof travaillant à Radio-Canada, Québec, donnait des cours de diction: la sienne était impeccable et il l'avait, la voix. Il était très pro et très respecté. Rien à redire.

L'autre prof, provenant d'une radio privée, avait un fort penchant pour l'alcool avec les résultats que l'on peut facilement imaginer. Il avait aussi une belle voix mais il agissait parfois de façon très incohérente, surtout dans le ''laboratoire de langues'' du collège. L'enregistreuse ne fonctionnait jamais! Le prof voyait double!  On essayait de s'enregistrer mais dans nos écouteurs, c'est une autre voix que l'on entendait. Une vraie farce. Mais ce contact m'ouvrit la première porte pour réaliser mon rêve!

D'une trentaine d'étudiants au début des cours, le groupe qui alla jusqu'aux examens de la fin diminua à une dizaine de personnes, la plupart des garçons dont l'un  travaillait déjà comme ''annonceur'' à la station de radio de notre prof alcoolique, directeur des programmes de ce poste radiophonique!

J'ai obtenu facilement mon ''diplôme'' du CART et je me mis en juin à la recherche d'un emploi... à Québec!

Je ne me voyais tout simplement pas faire mes valises - je n'étais même jamais allé à Montréal à ce moment-là - et prendre le bus pour Gaspé, Sept-Iles ou même Thetford Mines! Autrement dit, je n'étais pas encore déniaisé et maman devenait de plus en plus malade et je ne savais pas où il y avait des stations de radio ailleurs qu'à Québec et elles y étaient peu nombreuses à ce moment.

Je me souviens d'être allé passer une audition à la station CHRC dont les vétustes et ''historiques'' studios étaient situés dans un immeuble de quatre étages situé au 1143 de la rue Saint-Jean, presqu'en face de la côte du Palais.

Ce fut ma première et dernière audition. Je l'ai évidemment échouée. Je devais présenter des titres de chansons anglophones et je ne connaissais pas un traître mot de cette langue en 1966. J'ai dû être minable et faire sourire quelques personnes qui ont peut-être osé écouter le ruban. En tout cas, le directeur des programmes ne m'a jamais donné signe de vie.

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           Dans les centres urbains, ''capitales régionales'', il y avait toujours une station de radio ou de télévision, qui avait ''sa'' vedette, son animateur chéri du public, très souvent des femmes évidemment. C'était le cas à Montréal bien sûr, au lac Saint-Jean, à Rimouski et à Québec.

           Dans la Vieille Capitale, comme on qualifiait toujours la ville de Québec à cette époque, cette vedette était  canonisée de naissance  et s'appelait Saint-Georges Côté.                

 

                                           (Photo du livre sur St-Georges Côté)

 

Qui n'a pas connu ou entendu parler de cet homme dont l'influence était très importante, peut-être même plus que le maire de Québec de l'époque, Wilfrid Hamel, je pense? En tout cas, sûrement plus populaire et aussi populiste car Saint-Georges ne plaisait pas seulement aux jeunes femmes mais aussi aux épouses et mères de familles.

Saint-Georges était le morning man de la station CKCV située aux deux étages supérieurs de l'édifice du Capitol, alors propriété de la chaîne cinématographique américaine Famous Players.

( En passant, avez-vous remarqué, devant le micro, le paquet de cigarettes ouvert, comme c'était tout à fait normal dans les années cinquante, soixante et soixante-dix? ).

Saint-Georges était un homme d'une très belle apparence qui ne passait pas inaperçu partout où il mettait les pieds. Un vrai ''tombeur de femmes'' qui se déplacait, en tout cas comme je l'ai connu étant enfant, dans une grosse voiture décapotable blanche avec intérieur rouge. Ça flashait comme diraient les jeunes de notre époque.  Il était bien conscient de son statut de vedette et il ne s'en offusquait  pas du tout, bien au contraire. Il avait le tour de l'entretenir quotidiennement.

Et en plus d'animer l'émission matinale de CKCV, il avait son ''programme''  à Télé-4, la première station de télévision de Québec, ce qui colorait encore plus  son ''auréole'' de sainteté!

Saint-Georges tenait des propos fort écoutés.  Il était un vrai ''Dieu'' chez les petites gens qu'il aidait régulièrement. Je me souviendrai toujours d'un matin, au lendemain d'un incendie majeur dans le quartier Saint-Sauveur, qui avait jeté des dizaines de personnes sur le pavé,  perdant tout  dans le sinistre.

Saint-Georges avait encore une fois mis son micro afin d'aider ces sinistrés. Il demanda pendant les trois heures de son émission d'apporter des biens, des vêtements, de la nourriture, pour ces malheureux. La réponse fut immédiate et très abondante. Le carré d'Youville face à CKCV fut bloqué à la circulation presque toute la journée entre la rue des Glacis et la porte Saint-Jean: on voyait partout des montagnes de meubles - lits, matelas, tables, chaises, poêles, réfrigérateurs, téléviseurs,  bureaux, boîtes de vêtements, de nourriture, etc, etc  - la Croix-Rouge avant son temps en somme! De quoi venir amplement en aide aux sinistrés à qui l'on donna aussi de nouveaux logements dans la basse-ville.

C'était ça aussi et surtout Saint-Georges Côté à qui l'on pardonnait par ailleurs facilement certains écarts de vie et parfois de paroles résultant d'excès dans sa façon de se conduire publiquement ou de rumeurs circulant dans la ville concernant sa vie privée.

Mon but n'est pas de refaire un livre sur la vie de ce populaire animateur de radio mais je crois que je ne pouvais l'éviter car Saint-Georges Côté a toujours été un incontournable. Je n'ai pas non plus à le juger ni à le critiquer.

Saint-Georges que ma mère écoutait tous les matins - pendant que j'étais moi-même ''en ondes'' dans le faux studio de ma chambre - a quand même marqué mon enfance et c'est lui qui m'a un peu donné le goût de faire de la radio moi aussi,  pas pour l'imiter car à mon premier emploi j'hésitais encore entre être animateur ou journaliste.

C'est une affaire politique au début des années soixante qui a brisé la carrière radiophonique de Saint-Georges Côté, un animateur dit de variétés. Mais il a quand même poursuivi sa carrière à la télévision de Québec jusqu'à la fin des années soixante après quoi, il a disparu de la carte. Lui qui a beaucoup donné - peut-être voulait-il s'acheter des amis - et qui était très bien entouré à la belle époque, s'est retrouvé esseulé lorsque les réflecteurs se sont éteints.

J'ai eu l'occasion de le rencontrer chez-lui, dans le petit appartement qu'il habitait à Sainte-Foy, dans les années soixante-dix, pour une entrevue qui devait être diffusée au canal communautaire 9 mais qui ne l'a jamais été pour diverses raisons.

Il m'avait reçu avec sa grande amabilité. Il avait tellement l'air heureux qu'un jeunot s'intéresse à lui et à sa carrière. Il s'était maquillé et avait revêtu son plus bel habit avec foulard de soie dans le cou et il s'était prêté avec un plaisir non dissimulé au jeu de l'entretien. Il avait tellement à dire et plus aucun micro pour l'écouter!

Saint-Georges est décédé vers la fin des années soixante-dix, si je ne me trompe pas.

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Définitivement, Saint-Georges Côté était un monument. Malheureusement, il est décédé dans l'oubli et la solitude. La radio est un métier ''à deux tranchants''. Il en a su quelque chose.

Saint-Georges a marqué la radio de Québec et plus particulièrement la station CKCV, la seule radio où il a d'ailleurs oeuvré.

J'étais loin de me douter que c'est à cette même station que je débuterais ma carrière le 16 juillet 1966. Bon, mes débuts furent quelque peu troubles car il y avait un conflit de travail à ce moment-là et c'est pourquoi mon ex-prof et directeur des programmes de CKCV, Roger Gagnon, m'a téléphoné pour m'offrir un emploi. Il connaissait mes possibilités et il a dû aimer le timbre de ma voix, mon excellente diction ainsi que mes capacités à manier la langue de Molière.

Mais j'ignorais tout à cet âge des conséquences d'un conflit de travail et d'être embauché pour remplacer un gars ou une fille qui piquetait sur le trottoir. Je n'avais même jamais entendu le mot «scab»! Enfin, si ça n'avait pas été moi, c'est un autre qui aurait été engagé et  je serais rester sur le carreau. C'était ma chance et je l'a prise sans me poser de questions.

Il me fallait donc apprendre mon métier «sur le tas» car j'ignorais tout du fonctionnement d'une station de radio au quotidien, ce que le cours d'annonceur ne m'avait pas appris! C'était aussi l'occasion pour Roger Gagnon de se reprendre et de me donner un cours rapide et pratique.

L'été 1966 fut pénible en raison des grévistes qui ne nous manquaient pas lorsque nous sortions de la station par la porte qui donnait sur la rue Saint-Jean. Il nous fallait nous engouffrer dans des tunnels souterrains de la grande salle de cinéma à l'époque. Des tunnels sombres, longs et humides qui débouchaient directement sur le stationnement arrière, rue McMahon. C'était sans compter  les appels anonymes placés chez-moi et, fruit du hasard, un technicien en grève habitait à quelques rues de ma résidence à Duberger. Il passait très lentement devant la maison en auto pour nous stresser et nous apeurer. Je n'aimais pas ça car ma mère était de plus en plus malade et elle passait presque tout son temps alitée.

Pour en terminer avec cette histoire de grève, vers la fin de l'été 1966, des fiers à bras syndicaux sont passés aux actes après bien des menaces. Ils ont sectionné un auban qui tenait la tour principale d'émission de CKCV sur la rive-sud de Québec avec le résultat que l'antenne s'est écroulée au sol et que la station ne pouvait plus diffuser sur le 1280.

Cet acte de vandalisme a finalement tourné contre le syndicat, des grévistes s'étant montrés écoeurés de la situation et ayant accepté de rentrer au travail. D'autres ont finalement accepté des postes à Télé-4 où le même syndicat - Nabet - oeuvrait et au début de l'automne, le conflit était réglé.  Les employés de CKCV n'étaient plus syndiqués, la station était restée muette pendant deux ou trois semaines et une nouvelle tour - on en trouve pas chez le quincaillier du coin - fut commandée, livrée et installée et tout est rentré dans l'ordre.

J'ai gardé mon emploi: j'étais nouvelliste-reporter à la station et dans les premiers mois, j'apprenais la façon de rechercher la nouvelle, d'en faire un texte que je remettais à l'animateur en ondes qui le lisait au bulletin de nouvelles suivant.

Parfois, je sortais pour aller enregister des discours dont je faisais des extraits que je mettais sur cassette pour diffusion et un peu plus tard, je fus appelé à couvrir des faits divers, surtout des incendies, car il y en avait beaucoup dans ces années-là et des gros. En hiver, par moins 30, ce n'était pas un cadeau. Il fallait se trouver un téléphone public pour enregistrer nos topos et aussi se chercher un lieu, restaurant, café, entrée de magasin, pour se réchauffer entre les reportages. J'ai appris le métier ''à la dure'' comme on dit! Mais je commencais à réaliser mon rêve d'enfance et j'étais passionné par ce que je faisais à CKCV et mes patrons étaient satisfaits de moi.

                                             Le Capitole où CKCV occupait les deux derniers étages.